key indigenous australian issues
| home | news lLa question maorie divise la Nouvelle-ZélandeFrédéric Therin
Les juges de l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences ont été visiblement séduits par cette belle histoire. Les "Kiwis" ont, eux, été fiers de voir une de leurs productions saluée par les ténors hollywoodiens. Les Maoris ont, pour leur part, apprécié de voir leurs traditions intéresser des spectateurs aux quatre coins de la planète. L'harmonie de tout un peuple autour d'un film joué par des acteurs indigènes, voilà une bien belle image d'Epinal. La Nouvelle-Zélande a longtemps été présentée à juste titre comme un pays où les colons européens sont parvenus à vivre en bonne intelligence avec les populations installées avant leur arrivée. Cette cohabitation sereine tranchait franchement avec l'Australie voisine, où les immigrants ont cherché à éliminer physiquement les Aborigènes avant de tenter de les "assimiler" par la force en arrachant les enfants à leurs parents pour les placer dans des pensionnats religieux. Mais la bonne entente entre Maoris et "Pakehas" (Néo-Zélandais d'origine européenne) semble aujourd'hui remise en cause. Pendant des décennies, la question maorie a été un sujet tabou au Pays du long nuage blanc. Les politiciens de droite comme de gauche ont longtemps résisté à utiliser la carte raciale pour gagner quelques voix dans un scrutin. Puis est arrivé Don Brash. En accusant les Maoris de profiter de privilèges trop importants, le nouveau leader du Parti national, élu en octobre 2003, savait qu'il lâchait une bombe politique. "Mais il était grand temps que quelqu'un aborde cette question, explique-t-il avec un sourire enjôleur. La rancur qu'une grande partie de la population ressent depuis plusieurs années n'aurait fait que croître si je n'avais pas mis ce dossier sur la table." Ces "bonnes intentions" ne seraient toutefois qu'une simple manuvre politique, aux dires des travaillistes au pouvoir. "Les dirigeants du Parti national étaient tellement bas dans les sondages qu'ils sont devenus désespérés, a expliqué au Monde Helen Clark, le premier ministre néo-zélandais. Et la droite a l'habitude de jouer la carte raciale pour gagner des voix." AVANTAGES CONTESTÉS La stratégie de Don Brash semble toutefois porter ses fruits. Un mois après sa nomination à la tête du Parti national, la cote de popularité de son organisation avait déjà augmenté de 13 points pour atteindre 27 %. Aujourd'hui, cette formation de droite talonne, voire dépasse dans les sondages le Parti travailliste. Cette ascension fulgurante s'explique en partie par la personnalité du chef de l'opposition. Ses dix-sept années passées à la tête de la banque centrale lui ont donné une image d'homme raisonnable. Il n'a jamais été considéré comme un politicien, et cela l'a aidé à faire passer son message. L'intéressé ne nie pas cette évidence. "Mon ancien rôle me donne une certaine crédibilité", avoue ce père de famille marié à une Asiatique. Ce succès auprès du grand public n'a pas laissé de glace le Labour. Helen Clark a ainsi décidé d'analyser dans le détail tous les programmes d'aide accordés aux Maoris. "Don Brash n'a pas tort quand il conteste l'utilité des bourses accordées aux étudiants en fonction de leurs origines ethniques", avoue le premier ministre. Beaucoup de Néo-Zélandais critiquent également le fait que les membres des tribus indigènes puissent porter en classe des pendentifs traditionnels alors que les autres élèves n'ont pas le droit de montrer des signes religieux comme des croix sur la chemise. De nombreuses personnes sont aussi opposées à la loi qui garantit aux Maoris des sièges au Parlement ainsi que dans les conseils généraux. Et les étudiants se plaignent de voir des places d'universités réservées aux indigènes. Cette politique n'est pourtant pas dénuée de bon sens car les Maoris ont besoin de toute l'aide qu'ils peuvent recevoir pour se sortir de la mauvaise passe dans laquelle ils se trouvent. En 2001, à peine 4 % des jeunes Maoris sont sortis du lycée avec des notes comprises entre A et B. Un chiffre alarmant comparé aux résultats des Asiatiques (42 %) et des enfants issus de familles originaires d'Europe (21 %). Aujourd'hui encore, seulement un Maori sur 21 peut se vanter d'avoir un diplôme universitaire et 39 % des hommes ont quitté l'école sans avoir décroché le brevet élémentaire. Cet échec scolaire inquiétant a poussé de nombreux Maoris dans la précarité. Un chômeur sur trois en Nouvelle-Zélande est issu de cette minorité qui représente 15 % de la population. En 2002, le taux de chômage des indigènes atteignait 11,7 % contre à peine 3,9 % pour les Pakehas. En 1997, date de la dernière enquête sur ce sujet, le revenu annuel moyen des foyers maoris atteignait tout juste 37 000 dollars NZ (19 500 euros), soit 10 000 dollars de moins que les salaires versés aux "Européens". Les familles monoparentales, dont le nombre a plus que doublé en dix ans, sont tout particulièrement frappées par une extrême pauvreté. Plus du tiers des femmes interrogées dans une enquête du cabinet Russell publiée en 1999 avouaient qu'il leur arrivait fréquemment de ne pas avoir assez d'argent pour nourrir leur progéniture. Dans la ville de Manukau, au sud d'Auckland, les Maoris représentent plus de 60 % des personnes bénéficiant de l'aide de la banque alimentaire. Ce dénuement extrême crée de violentes tensions dans les familles. Près de la moitié des cas d'enfants maltraités recensés par le ministère de l'enfance, de la jeunesse et de la famille proviennent de familles maoris. Les Kiwis issus de tribus indigènes composent également la moitié de la population carcérale. "PÉRIODE CRITIQUE" Face à la montée de la cote de popularité de Don Brash, Wellington semble prêt à lâcher du lest sur certains dossiers, mais les travaillistes savent qu'ils avancent en terrain miné. "En mettant en cause les avantages accordés aux Maoris, Don Brash a donné un coup de pied dans une fourmilière, prévient Jeff Sissons, anthropologue à l'université Victoria. Je ne suis pas sûr qu'il ait conscience des répercussions énormes que peuvent avoir ses discours." "Ce pays est en train de traverser une période critique de son histoire, s'inquiète Tariana Turia. Des jeunes m'ont déjà demandé ce que je pensais d'une possible lutte armée contre les Pakehas."L'ancienne secrétaire d'Etat aux affaires maories, qui a quitté son siège parlementaire au mois de mai afin de créer un parti maori, est la porte-voix de cette minorité en colère qui semble prête à tout pour défendre ses avantages acquis. Les réunions politiques de Don Brash sont perturbées par des opposants, qui laissent souvent éclater leur colère devant des policiers nerveux. La belle harmonie autour du film Paï a fait long feu. La Nouvelle-Zélande est redevenue un pays "comme un autre", avec son lot de racisme et de jalousies. Source: Le Monde related links :
|
a new |
|